Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 Jun

L'enclume et les grandes oreilles

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #HUMEURS

 L'enclume et les grandes oreilles

Il était une fois un forgeron très costaud, pas très fin mais pour taper sur l'enclume, c'était le meilleur. Un jour, il perdit les pédales et on le retrouvât assommé par son propre marteau au milieu de son atelier. Tous se perdirent en conjectures le soir venu, alimentant les conversations dans la taverne du village. Il n'était pas sujet à la mélancolie, la tentative de suicide fut écartée, quant à une agression, personne n'y songeait, le brave homme n'avait pas d'ennemi, serviable jusqu'à la naïveté et tous avaient besoin de lui. Le jour de l'accident, il faisait chaud et la forge était un vrai four. L'orage avait grondé tout l'après-midi et le soir vit tomber des hallebardes, averse violente mais brève. Les fumerolles qui montaient du sol enveloppaient les maisons, ambiance fantomatique d'une moiteur étouffante. L'humidité se mélangeait à la sueur, agaçant jusqu'au plus stoïque des villageois. Notre homme se remit de ses émotions mais ne fut plus jamais le même, sujet aux sautes d'humeur, maussade et secret. Il se barricadait chez lui le soir venu. Personne ne savait de quoi il retournait. Quelle était la cause de l'accident ? La nuit, on entendait des bruits venant de la maison, fermée à double tour. Le manège dura plusieurs semaines et cela cessa. Des rumeurs commencèrent à se propager, empoisonnant l'atmosphère de ce village tranquille. Les regards devinrent fuyants, les bagarres fréquentes et chacun travaillait avec acharnement, oubliant dans le labeur un accablement palpable et inexpliqué. Les voisins se querellaient pour des peccadilles, les enfants étaient cloîtrés chez eux, interdits de sortie. Les médisances devenaient monnaie courante. Le sage du lieu convoqua les habitants dans la salle communale. Tous étaient présents, tous sauf un : le forgeron était absent. L'étrange absence fit jaser. Il fut décidé d'aller s'enquérir de l'impétrant. Le plus courageux frappa à sa porte, sans résultat. Un bruit étrange traversait la porte. Devant l'impatience générale, il tourna la poignée qui s'ouvrit, au grand étonnement de tous. L'intérieur de la masure ne ressemblait en rien à ce que certains avaient connu, avant l'accident. Un vacarme assourdissant les cloua sur place, doublé d'une image impossible. Ils se voyaient et s'entendaient, l'écho de leurs voix se répercutait sur les murs. Les cris qu'ils poussaient se dédoublaient.

Taisez-vous, bande de gueux ! tonna le forgeron. La voix surpuissante n'avait pas de corps, nulle trace de l'homme.

Que voulez-vous ? Laissez moi tranquille ! je vous méprise, je vous hais ! je vous connais maintenant avec vos petites manies, vos minables combines. Je vous ai percé à jour, vous êtes tous plus retors les uns que les autres et je ne veux plus avoir à faire avec aucun d'entre vous.

Le premier entrant ne se laissait pas impressionner et regardait tout son saoul: Deux oreilles gigantesques en métal pendaient à mi-hauteur, suspendues à deux câbles d'acier reliés à des poulies permettant aux deux organes de monter et descendre, actionnés par un treuil. Sur une passerelle située sous la charpente, un tuyau sortait du toit et l'on distinguait un miroir à son extrémité. Dans le prolongement de celui-ci, posé sur le sol, se trouvait le gigantesque miroir dans lequel la foule s'était retrouvée, terrorisée. Dans un coin de la pièce, un bureau jonché de papiers griffonnés parachevait le tableau. Jetant un rapide coup d'oeil sur les morceaux épars, il comprit instantanément le machiavélisme de leur maréchal-ferrant.

De son repaire, il voyait tout, entendait tout et jetait de l'huile sur le feu des petites jalousies quotidiennes. L'homme-courage comprit également très vite le parti qu'il pouvait tirer de la situation. On ne pouvait lutter, le servir, tel serait son avenir. La peur se lisait dans les yeux des villageois, la peur, mauvaise conseillère, ne l'habitait pas.

Depuis ce jour funeste, le forgeron et son serviteur tiennent la populace loin de leur repaire et règnent car ils savent...tout.

On ne sait toujours pas qui donna le coup de marteau fatal mais l'histoire qui court nous parle d'un moustique très agaçant, évitant l'outil et se posant sur le front de notre homme.

Une parabole sur les écoutes paranoïaques et le délire de la NSA;

Commenter cet article

À propos

Actualité des voyages, informations et photos du monde. Avis et renseignements pratiques.. Tourisme...