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18 Nov

Les jeux du cirque

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #HUMEURS

Les jeux du cirque

J'ai entendu une citation qui relate en gros le sentiment d'impuissance du peuple, de nous, les gens, face aux évènements qui nous concernent en direct, l'emploi, la santé, l'éducation, etc..., sur lesquels nous n'avons aucune prise, l'aquoibonisme ambiant. Cette citation datait du début du 20 ème siècle. C'est curieux ce sentiment d'être les premiers à ressentir quelque chose, alors que, non, la résignation et le fatalisme ont toujours existé, ils ont juste pris une forme différente et surtout, ils ne sont pas définitifs. Annihiler, tuer l'esprit critique est une constante sociétale.

Les jeux du cirque sous l'Empire romain n'étaient qu'un moyen de détourner l'attention des vrais problèmes (réels) de la plèbe à Rome, un peu comme le foot aujourd'hui ou comment des smicards paient pour aller voir des millionnaires courir derrière un ballon. Vous êtes passé dans un bar-PMU le dimanche matin ? Jeter un oeil sur le look de ces gens qui ne respirent ni la gaieté, ni l'opulence, que cherchent-ils ?

Ces gens-là ne votent plus depuis longtemps, les conquêtes sociales n'ont aucun sens pour eux, degré zéro de la conscience de classe, l'expression sonne comme une litanie tombée en désuétude, un élément de langage pour révolutionnaires de salon vieillissants. Je tombe moi-même dans le renoncement, l'aveu d'un échec d'une argumentation datée. L'infortune qui touche ces gens et en guette d'autres n'est pas analysée, elle est vécue, sans recul, sans analyse, trop prégnante, glu paralysante et rédhibitoire. Je suis pauvre, il est riche, c'est comme ça, je ne suis pas né du bon côté de la barrière, je joue, on ne sait jamais, si je gagne, oui bien sûr, vous avez raison, continuez, si ça vous soulage...

J'ai eu maintes et maintes conversations de ce type, au bistrot, toujours le même, à la campagne, paysans, ouvriers, artisans, je parlais beaucoup de la nécessité de ne pas accepter son sort, de le dire, de le crier, de manifester contre l'ordre établi. Ils me souriaient avec mansuétude, l'air narquois, me rétorquant de temps à autre: que connais-tu des difficultés de la vie ? C'est un truc d'intello, nous on prend ce qu'on nous donne, c'est déjà pas mal.

Vu comme ça, ne changez rien, tout va bien, je vais bien, et même si ce n'est pas terrible, on a connu pire, demandez à ma grand-mère. Se contenter de ce que l'on a, dans ce coin de campagne, se taire, est une condition du bonheur avec Dieu en toile de fond. Mais l'on vote, pour le moins disant, sans être dupe des "belles paroles", par respect des institutions, de peur qu'elles ne soient fragilisées et parce qu'il faut bien que quelqu'un s'y colle, quelqu'un qui sait parler si possible, la politique est pour ceux-là, ceux qui savent "causer".

Entre le café-PMU et le bistrot de campagne, une grosse différence sociologique, moins d'amertume dans les champs mais le lien existe à travers le fatalisme des gens de peu pour lesquels le destin est tout tracé, travail ou chômage, reconnaissance ou mépris.

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