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22 Jun

Que dire, que faire ?

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #HUMEURS

Que dire, que faire ?

L'ignominie est assez bien répartie en ce moment chez les décideurs politiques de toutes nationalités. Je les assez écrit ici, répété à satiété. Je suis aussi admiratif des efforts fournis par les militants des droits de l'homme en général, leur incommensurable énergie au service des oubliés de ce monde. Je le compare aux petits soucis nombrilistes de nos contemporains, en règle générale, moi entre autres. L'océan de turpitudes qui nous entoure dès que le robinet des infos est tourné, crée un tsunami de questionnements d'une stérilité définitive. Ceux qui donnent leur temps et leur énergie pour de nobles causes ne calculent pas le degré d'efficacité de leur travail, elles et ils se retroussent les manches. J'ai connu toutefois des signes de lassitude chez certaines de mes amies, notamment une, que je vois peu, qui me racontai ses missions humanitaires en Afrique sahélienne. Elle retourna un jour dans un village, au Tchad me semble-t-il, dans lequel elle avait séjourné cinq ans plus tôt lors de sa première mission, éducation sanitaire dans un village de brousse, prophylaxie primaire nécessaire, notamment pour les femmes. Travail ô combien difficile d'avoir à lutter contre les croyances ancestrales, le patriarcat, et l'ignorance. Ce travail admirable fut mener de main de maître par une jeune sage-femme, toute habitée de sa mission, croyant dur comme fer à l'utilité pédagogique, à juste titre, de sa démarche. Cinq années plus tard, elle vint à passer par ce village et ne put que constater, qu'entre la guerre civile, la désorganisation chronique du pays et la corruption endémique, tout était à refaire. Son visage devint grave et empreint de lassitude.

Que voulais-tu que je fasse, Gilles, me dit-elle, lors de cette deuxième visite ? Rien, il n'y avait rien à faire, j'ai signalé l'état des lieux au responsable de l'ONG locale et m'en suis allée, découragée.

Que cette amie, qui a quitté l'aide humanitaire depuis me dise ça, me plongea dans un abime de perplexité sur l'utilité de ces aides récurrentes. C'est un terrifiant constat. Mais nous ne pouvons décemment pas interrompre ces aides, qu'elles soient d'urgence ou de fond. J'ai donné à plusieurs de ces organisations pendant plusieurs années, je mettais des visages sur ces statistiques de mortalité infantile, de victimes de mines anti-personnel, le sentiment d'être utile, quelques euros changent la vie d'un enfant, le prix d'une prothèse est dérisoire ici, énorme là où le besoin se fait sentir. Nul sentimentalisme ni tiers-mondisme compassionnel mais aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, je suis envahi par la dérision, un rire me secoue quand je me regarde, tétanisé par de petits soucis d'ordre personnel.

Et je repense à tous ces gens, à cette amie, merveilleuse de générosité, avec elle aussi ses propres embêtements mais qui, passant outre, donnait encore et encore.

Je me sens, ce soir, bien petit.

 

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