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23 Jan

Musique : Nouvelle écrite en 2004

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #littérature

Musique : Nouvelle écrite en 2004

MUSIQUE

 

Dans l’appartement vide, la musique seule trahissait une présence. Une chaîne hi-fi trônait au milieu de ce qui fût le salon ; les enceintes aux quatre coins de la pièce diffusaient une musique d’ascenseur.

Aucun meuble ne masquait  les défauts d’une moquette usagée, tâchée de multiples auréoles. La lumière commençait à baisser ; nous étions en fin d’après-midi, par une belle journée d’automne. Le salon donnait sur le couchant.

Cuisine modeste, le strict minimum.

Une chambre attenante au salon, une autre lui faisait face, de l’autre côté d’un couloir assez sombre. C’était tout.

Petit logement : Espace suffisant pour vivre à une où deux personnes, au-delà, la promiscuité rend le quotidien pénible. Je visitais cet appartement vers 17 heures.

La musique donnait à cette visite un caractère surréaliste. L’appartement était libre depuis midi. Manifestement, j’avais un cadeau de bienvenue. Pourquoi pas ?

Je prends.

Pardon ?

Oui, je prends ce logement. Il me va.

D’accord.

Et la musique ?

Quoi, la musique ? Ah ! Oui. Je ne sais pas. Gardez-la. Si l’ancien locataire repasse, vous n’aurez qu’à lui donner. Bizarre, quand même. Bon, vous le prenez, eh bien, passons à l’agence si vous voulez bien.

Un dernier regard, une fois, deux fois, c’est bon, sans regrets.

De toutes les manières, je n’avais pas le choix.

Je coupais la musique, trop anonyme à mon goût.

Dans l’ascenseur, il n’y avait pas de musique. Le bruit de la rue me happa, me faisant regretter l’insipide mélodie. A quelques centaines de mètres se trouvait l’agence où nous remplîmes les papiers ; je récupérais les clés de ma nouvelle adresse.

Je pris un café en terrasse non loin de là. La musique me trottait dans la tête. Musique anonyme, certes, mais accrocheuse. N’ayant rien à faire, je retournai à l’appartement.

Toujours pas de musique dans l’ascenseur. Tournant la clé dans la serrure, la musique toujours présente, je ne compris pas tout de suite.

La musique ne se trouvait pas « seulement » dans ma tête, elle était présente. Quelqu’un avait rallumé la chaîne. Le doute s’installa. L’avais-je réellement éteinte ?

Toujours aussi insupportable de niaiserie. J’éteignais.

Je vérifiai au passage quelques éléments et branchements de la cuisine. Une sonorité ébouriffante explosa tout à coup. Hard-rock sauvage, sons de guitares saturés, batterie tonitruante. Je courus dans le salon, appuyant rageusement sur le bouton ON/OFF.

Le silence. A faire peur.

J’hésitai sur la conduite à tenir ; cet appartement était hanté. Je sais, ça peut faire sourire …

Un dysfonctionnement peut-être. Certainement. Je n’étais pas doué pour la technique, un aspect m’avait échappé. Rien que de très rationnel. Pas la peine de chercher un quelconque fantôme. Ridicule.

Rasséréné, je quittai les lieux. Il me restait les abonnements divers à souscrire, électricité,

Téléphone .19 heures, trop tard, ce seront pour demain, avec l’emménagement dans mes murs.

Je rentrai à l’hôtel et me rassurai comme je pouvais. Le doute, néanmoins, s’installait.

Après un dîner frugal, je me couchai avec un livre. Je m’endormis dessus. Mon sommeil fut

Peuplé de guitares convulsives, de chaînes hi-fi prédatrices et de fanfares en délire. Le réveil fut pénible : Migraine et courbatures ; le lit, peut-être.

 

Petit déjeuner copieux, la journée s’annonçait bien remplie ; je devais récupérer mes meubles et autres effets personnels, laissés aux bons soins d’un garde-meuble.

Tout devait être réglé ce jour. Plus assez d’argent pour l’hôtel et j’avais sollicité les services d’une vague relation, disponible uniquement ce même jour.

Plus de musique, les rêves avaient rempli leur office, quant au mal de tête, il disparaîtrait de lui-même.

Douze heures plus tard, j’étais chez moi. Je passe les détails du déménagement qui, dans l’ensemble, se déroula sans anicroches. Juste une chose : Mon aide d’un jour fut fort perturbé par la musique de l’appartement. 24 heures après mon premier contact, je m’y étais déjà habitué. Je pratiquai la politique de l’autruche, sans explication, je n’en cherchai aucune, cela cessera …sans doute.

 

Je déplaçai la boîte à musique dans un coin du salon. J’avais aussi ma propre musique, ce cadeau du ciel devait pouvoir lire mes CD. Pas d’incompatibilité apparente : »Ma » musique plaisait à son support. Une chance.

La chaîne haute-fidélité et moi vivions  en parfaite harmonie. Plus de déclenchements intempestifs. Le calme retrouvé, le trouble provoqué disparut aussi vite qu’il était apparu.

Jusqu’à la panne …

Une panne d’électricité, énorme panne par son ampleur, la ville entière fut plongé dans le noir pendant plusieurs heures. A la lueur des bougies, j’écoutais Mozart. »Elle » aimait Mozart.

Mozart avait vaincu la fée électricité. »Elle «  et lui s’affranchissait du flux magique. J’étais le seul dans cette ville à pouvoir écouter la musique des dieux, sans l’aide de personne. Je ne possédais aucun disque de Mozart, nul besoin, »elle « égrenait seule une musique légère.

L’électricité revint et Mozart disparut.

Depuis ce jour, je provoque moi-même les pannes, je coupe le jus et Mozart apparaissent.

Jamais le même morceau.

Depuis ce jour, nous vivons heureux, »elle «, Mozart, et moi.

 

FIN

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