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25 Feb

Un enfant à la campagne. Ecrit il y a vingt ans

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #HUMEURS

Un enfant à la campagne. Ecrit il y a vingt ans

UN ENFANT A LA CAMPAGNE
Je suis né à la campagne. Comme beaucoup de Français, je l’ai quittée pour chercher du travail. J’en suis parti réellement plus tôt, à mon entrée au lycée. L’internat était le passage obligé. A quinze ans, je quittais la maison familiale pour le chef-lieu de département, en l’occurrence Saint-Brieuc. Je peux dire aujourd’hui que mon enfance s’est arrêtée cette année-là, mon innocence campagnarde ne résista pas à la vie citadine.
Quinze années s’étaient écoulées depuis ma naissance dans ce village de la campagne bretonne, village tranquille vivant au rythme des saisons et de ses travaux agricoles. Je ne suis pas né dans une ferme mais dans une école, l’école communale dans laquelle mon père enseignait et dont il était le directeur. A ce titre, il avait le logement de fonction au sein de l’établissement. Mes parents ont quitté cette maison l’été de mes 17 ans.
Ma mère travaillait dans le même bâtiment, à la mairie. Tout était regroupé, ce qui raccourcissait singulièrement les déplacements pour aller au travail. Mon père d’un côté, ma mère de l’autre se rejoignaient le midi non pour manger à la maison mais à la cantine.
Quant à moi, jusqu’à la fin de ma primaire, je mangeais aussi à la cantine. Il faut dire qu’à cette période, ma mère s’occupait « aussi » de la cantine accompagnée d’Alfonsine, la cantinière. Nourriture faite sur place, pas de plats préparés, rien que du consistant : pommes de terre, pâtes, riz avec de la viande sauf le vendredi, jour du poisson, allez savoir pourquoi dans une école de la République. L’école comprenait cinq classes, du cours préparatoire au cours moyen. Pas de maternelle à cette époque. Il y avait également une classe de certificat d’études, pour ceux qui arrêtaient à 14 ans. La majorité des élèves était filles et fils d’agriculteur, beaucoup devaient reprendre la ferme familiale. Moi, j’étais le fils de l’instituteur. L’école, c’était ma maison. Quand vous êtes gamin, habiter dans une école vous confère un statut à part aux yeux des petits copains, pas toujours simple à gérer. Quand on est enfant, l’école n’est en rien un amusement, c’est plutôt une corvée. Ils venaient à l’école parce qu’ils y étaient obligés, inutile de vous dire que le reste du temps, ils n’y mettaient pas les pieds, même pour me voir. Je ne me souviens pas avoir beaucoup jouer dans la cour de recréation avec des amis. Quand j’y jouais, j’étais seul. C’est cela qui était magique : une cour de recréation pour moi tout seul. Une école vide de ses élèves a toujours un air de vacances d’été.
J’étais en vacances trois jours par semaine. Je me sentais différent, privilégié. Je l’étais.
Là où plusieurs dizaines d’enfants s’ébattaient pendant les récréations, cet espace me revenait, de droit. Un espace clos, sans dérangement, protégé par des murs qui me paraissaient très hauts à l’époque – en fait, pas plus d’1 mètre 50- et une grille dans le fond de la cour.
Les bâtiments recelaient des coins secrets que moi seul connaissait : des greniers multiples aux trésors cachés, le matériel de l’école, les jeux pour la Fête de fin d’année, les vieilles cartes du monde, de vieux bouquins, de vieilles photos de classe datant de l’après-guerre.
Et les classes. Elles restaient ouvertes la plupart du temps, la campagne dans les années soixante était un endroit sûr. Combien de fois suis-je aller traîner dans la
classe de mon père en son absence ? Je garde en mémoire cette odeur, mélange de craie, de poêle à bois et de parquet ciré. Je fouillais, sans sa permission, la grande armoire au fond de la classe. J’y trouvais tout le matériel de sciences naturelles, un os de seiche, un herbier, des tubes à essais, un crâne humain-vestige du déménagement du cimetière local- qui m’intriguait au plus haut point. Je rêvais, mon esprit vagabondait, je me sentais bien. Cette classe était comme une pièce supplémentaire de la maison, elle jouxtait celle-ci.
Au fond de la cour, il y avait un tilleul, près du préau. Le grand jeu consistait à en faire le tour le plus vite possible avec une voiture à pédales. J’adorais ma voiture à pédales, c’était une DS Citroen. J’avais toute la cour pour m’élancer et cela se terminait toujours par un tonneau, sans danger, et plein d’écorchures.
Ainsi allait la vie d’un enfant de l’école.
J’appris à lire dans ces lieux, à la maison en quelque sorte. Ca facilite les choses bien que…
En tant que fils de l’instituteur, j’avais une obligation de résultats. Ce n’était pas écrit mais il était de mon devoir de ne pas échouer. Je n’eus pas mon père comme enseignant, heureusement, il n’aurait pas aimé.
Je sortais de cette école fréquemment, à la rencontre des copains de classe. Nos terrains de jeux n’avaient pas de limites. Nous avions quelques lieux privilégiés, bois et champs, chemins creux. Les cabanes dans les arbres à la belle saison, une étable désaffectée quand il pleuvait, nous avions créé notre univers. Robin des bois ou Jules Verne alimentait notre imaginaire.
Nous étions les héros d’aventures que nous fabriquions de toutes pièces, repeindre le monde à nos couleurs était notre préoccupation majeure, nous n’en avions pas d’autres. Pas de souci du lendemain, peu de nouvelles du vaste monde ne venaient parasiter nos esprits enfantins.
Quand j’y repense, nulle nostalgie ne m’envahit, j’étais un enfant et j’ai vécu une enfance comme tous les enfants devraient vivre : insouciante et protégée.
Merci à mon père et ma mère de ce cadeau.

C'est l'image que je gardais de Laurenan, forcément, cela a changé.

Image : Los Angeles Décembre 2017

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