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21 Jan

La familia grande de CAMILLE KOUCHNER aux Ed. du Seuil

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #LIVRES

Avis paru dans BABELIO

 

Le plan média de ce livre fonctionne bien apparemment, en tête des ventes de ce mois de Janvier, il faut dire qu'il y a tous les ingrédients nécessaires : une famille connue, un sujet "tendance", et un coupable reconnu, habitué des médias, sur lequel chacun ira de son petit jugement personnel. La moralisation de la vie sociale est en cours, les comptes se règlent avec les derniers acteurs et tenants post-soixante-huitards. Là n'est pas l'essentiel, c'est juste le pourquoi du succès de ce livre, ce que les acheteurs vont y chercher, y trouver ou pas, en fonction de l'attente et du buzz, à savoir l'inceste, au sens juridique, d'Olivier Duhamel sur la personne de son beau-fils, rebaptisé Victor, quand il avait 14 ans. Les faits sont prescrits, la douleur de sa soeur ne l'est pas même si son frère jumeau se serait bien passé de cette douloureuse réminiscence d'un passé déjà lointain, ayant construit une vie professionnelle et personnelle, par delà l'expérience de ses 14 ans.
La remise en contexte est longue et très imagée, nous donnant à voir et à entendre des actrices et acteurs d'un monde de gens intelligents, cultivés et libérés, au sens où on l'entendait dans les années 70. Les moeurs évoqués rappellent peut-être des souvenirs à certain(e)s d'entre vous, liberté de ton et de gestes, apprentissage à la génération qui suit, de ce qui fait le plaisir de l'existence et l'ambiguité de ce libertinage laisse la place à tous les possibles, j'en veux pour exemple le discours de la mère à sa fille sur sa précocité, 12 ans, premier acte sexuel, sa fille n'a que 11 ans. On peut s'interroger. le coupable désigné, je dis coupable parce que le jugement est posé, postulat de base, monstre pédophile qui, par ailleurs s'avère un beau-père exemplaire dans bien des domaines. Aucune excuse de ma part, comprendre n'est pas excuser, ce type est fini, formidablement, définitivement, pas sûr que cela change grand chose au sort des centaines d'anonymes ayant enduré des sévices de la part d'autorités morales et spirituelles. La question, l'autrice se l'est posée, de la gravité des faits, elle est juriste, c'est un crime passible de vingt ans.
La genèse de l'histoire vient de loin, la souffrance née de deux suicides, père et mère de la génération précédente, qui provoquent une blessure et une rupture définitive dans l'équilibre de la mère de la narratrice, les souffrances ainsi accumulées mettent en pièces les rapports affectifs de toute la tribu, le beau-père, acteur et spectateur, joue un rôle délicat de point d'équilibre dans cet univers en déréliction.
L'autrice, aussi respectable soit sa douleur, nous jette en pâture la famille et ses multiples membres, pas toujours sous un jour très sympathique, étalage gênant parfois de personnages dont la seule faute semble d'être de ce temps-là, témoins d'une époque révolue.
Thérapie et règlement de comptes, dans cet ordre-là, les vagues provoquées seront à la mesure de la susceptibilité provoquée et, surtout, de la culpabilité de toutes et tous.
En une phrase, ce qui me gênait avant la lecture, et me gêne toujours après, est que la victime de ces faits ne voulait pas, c'est dit, que l'on remue le passé et il m'a semblé qu'il a été contraint par la volonté de sa soeur, la réaction de sa femme. Les dégâts collatéraux multiples sont évoqués, et le tout pour quel résultat ?
Je ne suis pas psy, juste un lecteur, homme de 64 ans, de gauche depuis toujours, ça a son importance quand vous voyez le milieu et son évolution, je suis sceptique quant à la portée de ce livre, une thérapie pour celle qui l'a écrit, c'est indéniable.
Ce texte sera interprété, l'est déjà, comme une preuve de la décadence et de l'irresponsabilité de ces milieux de gauche, avec les amalgames que l'on lit déjà.
Avis personnel perfectible.

P.S / Ce livre suscite des réactions assez virulentes, le consensus s'étant construit sur une culpabilité définitive, sans freins, à lapider sur la place publique. Le manichéisme semble devenir une règle, merci de laisser ceux qui ont une opinion différente s'exprimer, merci pour eux.

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P
Tout le monde juge tout le monde sans jamais se regarder... c'est le mal des humains. En chacun de la lumière et des ténèbres à combattre... mais regarder les autres c'est moins compliqué.
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