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14 May

Regardez-nous danser de LEILA SLIMANI aux Ed Gallimard

Publié par gilles cochet  - Catégories :  #LIVRES

Avis paru dans BABELIO

Les avis sur ce livre sont si brillants et élogieux que je ne saurais dire mieux. Leila Slimani nous transporte dans le Maroc des années 60, sous la royauté d'Hassan II, féroce monarque sous des traits faussement débonnaires. La famille présente dans le tome 1 s'est enrichie, fruit du labeur et de l'intelligence du maître des lieux, secondé par sa femme alsacienne d'origine. L'adaptation de cette dernière force l'admiration, refoulant toute forme d'épanouissement. Ce sera pour la génération suivante, Aïcha, sa fille, sera médecin, sous le regard admiratif de son père, sans ce regard, puisque la jeune femme est à Strasbourg pour ses études. La vie estudiantine de cette fille arabe est marquée par le travail, encore le travail et le mépris de sa logeuse. Le racisme affiché de l'époque nous rappelle aujourd'hui, que le racisme d'aujourd'hui, s'il a reculé, n'en a pas moins des racines profondes. L'acculturation quasi vitale de l'élite intellectuelle crée toute l'ambiguïté du développement des ex-colonies. Le modèle reste le pays colonisateur et ses codes, vestimentaires, culturels et idéologiques, y compris dans la remise en question. La révolution y prend des allures de farce grotesque. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Ton monde ne va pas être marrant dit une marocaine délurée à un idéologue patentée, copain par ailleurs et d'ajouter : On va danser ?
Ces scènes contiennent toute l'aspiration d'une jeunesse qui veut s'affranchir des pesanteurs et tabous d'un monde régit par des codes d'un autre âge. Le roi ne s'y trompe pas, qui maintient son peuple dans un traditionalisme de misères avant reprendre au vol quelques mesures démagogiques destinées à calmer les esprits.
Les marocains de souche qui ont socialement réussi reproduisent les comportements de leurs anciens occupants. Il n'y a aucune remise en question de ce qu'est le Maroc, à savoir une féodalité ripolinée. La justification d'Amine, symbole de réussite, que le travail sauve l'homme de la déchéance trouve sa limite dans le constat qu'il n'y aura personne pour reprendre sa ferme, fruit de dizaines d'années de sacrifices. Son fils Selim a fui la tutelle castratrice du père, sa fille est médecin et le reste de la famille, frère et soeur est inféodé à la royauté.
Le constat d'échec est patent.
L'on perçoit les développements du prochain volume (espérons-le) dans la fascination de Mehdi, gendre d'Amine, pour un affairiste qui comprend l'avenir qui se dessine : le tourisme sera l'avenir du Maroc. Nous sommes dans les années 70 et suite à la vague hippie qui a précédé, il a cette phrase définitive : Maintenant, il faut faire venir ceux qui ont l'argent.
La messe est dite. Ceux-là vendront la misère exotique comme d'autres la splendeur des cathédrales.
Cinquante ans plus tard, la place Djemel Afna à Marrakech s'affiche en miroir face à la Cathédrale de Strasbourg et ses marchands du temple.
Qui a gagné ? Qui a perdu ?
Mathilde ou Aïcha ?
Amine ou Selim ?
Où les agences de voyage qui affichent les deux destinations ?
Merci à Leïla Slimani pour ce deuxième tome.
J'attends la suite avec impatience.

P.S / Rien de plus à ajouter aujourd'hui. Un bon livre vaut mieux que le flux d'infos médiocres sur les législatives et leurs petits calculs, minables arrangements de barons locaux défendant leurs territoires. Nul.

Image de Pont en Royans /  Vercors 2011

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